A LA UNE
De Bondy au seizième arrondissement,il y a une quinzaine de kilomètres.
Boris les franchit pour retrouver Hortense,une fille rencontrée au musée d'Orsay.
Et à chaque trajet,il change de langue.
Mes deux papas,premier roman d'Éric Mukendi,chez Gallimard,collection Continents Noirs.
Boris a quatorze ans,il est arrivé du Congo à sept ans,et il passe sa vie à traduire.
Ses parents pour ses copains.
Le Congo pour la France.
Et bientôt un homme pour un autre.
Cet homme s'appelle Daniel.
Il réapparaît après des années de silence,au terme d'un parcours qui l'a mené du Gabon à la Tunisieavant d'atteindre la France.
Boris apprend alors que Fulgence,le mécanicien congolais qui l'a élevé à Bondy,celui qu'il appelle papa,est son oncle.
Un autre roman aurait organisé le duel.
Mukendi s'y refuse.
Il a raconté avoir eu du mal à rendre Daniel aimable,et le personnage entre dans le livre avec cette résistance.
Boris, lui,ne départage personne.
Il a un père qui l'a élevéet un père qui revient,et il tient les deux mots dans la même phrase.
Ce qui porte tout,c'est sa voix.
Une langue qui bouge.
Le français de l'école y croise les mots que la famille a rapportés du Congo,et le parler du collège vient s'y mêler.
Elle indique à chaque répliqued'où chacun parle.
Dans cette famille,les malentendus sont presque toujoursdes malentendus de vocabulaire.
Fin juin, à La Canée,j'ai croisé Éric Mukendi au Festival du livre,quelques jours après ma propre rencontre au Grand Arsenal.
Son roman venait de paraître en grec,aux éditions Thines.
Son traducteur, Angelos Moutafidis,avait devant lui une langue sans équivalent évident :comment faire passer le parler des banlieues parisiennesdans un pays où les banlieues ne se ressemblent pas.
Boris aura donc été traduitune fois de plus.
Il a l'habitude.
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