Passeurs et reveurs de mots - L'été où Mylena a disparu de Laure Barachin

01 juillet 2026 - 08:00 - 30 vues
Télécharger le podcast

Quatre femmes. Un club de lecture. Et une question qui revient, encore et encore : que devient celle qui a disparu ?
Passeurs et Rêveurs des mots, bonjour. Aujourd'hui, je vous emmène dans le roman de Laure Barachin, L'Été où Mylena a disparu.
Tout commence en septembre 1998. Mylena a dix-huit ans. Elle quitte une chambre de foyer, en Ariège. Elle ne reviendra jamais. Sa meilleure amie Stéphanie reste seule avec le silence.
Vingt-quatre ans plus tard, Stéphanie est magistrate à Montauban. Une autre disparition lui est confiée : celle de Maryna, jeune Ukrainienne dont la mère, Olena, vient de fuir la guerre. Et soudain, le passé ressurgit. Le présent éclaire l'ancien. L'ancien explique le présent.
Autour de ces deux femmes, deux autres s'agrègent. Marianne, prof d'Histoire. Katia, scénariste franco-russe. Quatre solitudes qui se cherchent, qui se trouvent. Et qui décident, malgré tout, de lire ensemble.
Voilà la grande idée du roman : la littérature comme refuge. Comme outil de réparation. Camus, Malraux, Verlaine, Aragon, Grossman, Emily Dickinson... Les livres circulent, s'offrent, s'annotent. Ils ne sont pas des décors. Ils sont des armes douces contre l'effacement.
Laure Barachin tisse une fresque ample. De l'Occitanie à la Bretagne, de l'Espagne franquiste au Donbass d'aujourd'hui, de Babi Yar aux ravages de la traite humaine contemporaine. Elle ose embrasser le siècle.
Et derrière tout cela, il y a la mémoire d'une adolescente martyrisée à Larraga, en 1936. Maravillas Lamberto. Quatorze ans. Le roman lui rend une voix. Comme il rend une voix à toutes ces jeunes femmes effacées : Mylena, Maryna, Aurora, Thérèse, Annette. Toutes éternellement jeunes.
L'écriture est généreuse. Parfois trop, peut-être. Le livre déborde. Il accumule, il digresse, il s'enflamme. Mais cette générosité est sa marque, et l'on accepte volontiers de se laisser porter.
Car au fond, c'est un roman sur ce que les femmes se transmettent. Quand les hommes s'absentent, partent à la guerre, ou trahissent, ou sombrent, ce sont les amies, les sœurs d'adoption, les inconnues, qui inventent une fraternité possible.
Un roman traversé par une phrase de Camus, celle qui clôt La Chute et qui hante chaque page : Ô jeune fille, jette-toi encore dans l'eau pour que j'aie une seconde fois la chance de nous sauver tous les deux.
Un livre choral, mémoriel, profondément humain. Un livre où la lecture, vraiment, sauve.
L'Été où Mylena a disparu, de Laure Barachin. À ouvrir comme on entre dans un club d'amies fidèles. À lire pour ne pas oublier.

Acheter en 1-Click

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article