Passeurs et reveur de mots - Ce que je sais de toi de Eric Chaacour

02 septembre 2026 - 08:00 - 11 vues
Télécharger le podcast

Une voix s'adresse à un homme.
Elle lui dit : tu.

Tu deviens médecin,
comme ton père.
Tu épouses Mira.

Tu ignores encore ce qui va faire dérailler ta vie.

Qui parle ainsi,
qui connaît Tarek mieux qu'il ne se connaît lui-même ?

Il faudra trois parties pour savoir qui parle.

Ce que je sais de toi,
d'Éric Chacour,
aux éditions Alto au Québec,
chez Philippe Rey en France.

Un premier roman,
déjà couronné par le Prix des Libraires 2024,

et finaliste du Dublin Literary Award 2026.

Le Caire,
des années soixante à l'aube des années deux mille.

Tarek appartient à la bourgeoisie levantine,
chrétienne,
francophone,
égyptienne depuis des générations.

Sa vie semble écrite d'avance :
le cabinet du père,
le mariage,
le rang à tenir.

Sa mère appelle cela le mektoub,
ce qui est écrit.

Puis Tarek ouvre un dispensaire dans le Moqattam,
le quartier pauvre où l'on trie et recycle les déchets du Caire.

Là, il rencontre Ali.
Plus jeune,
pauvre,
musulman,
et libre comme Tarek n'a jamais osé l'être.

Entre eux, un amour que tout interdit.

Et bientôt l'exil,
Montréal,
le froid,
une vie à recommencer loin des siens.

Au cœur du livre, pourtant, il y a l'absence.

Ce qu'un homme laisse derrière lui quand il part.

La façon dont une famille se raconte des histoires pour survivre à un départ.

Et le patient travail de recoudre les lambeaux d'une vie qu'on n'a pas vue.

Et c'est là qu'intervient la trouvaille d'Éric Chacour.

Trois parties,
trois pronoms.
Toi.
Moi.
Nous.

D'abord ce tu,
intime comme une confidence,
précis comme une enquête.

Puis une voix qui se dévoile,
et dit je.

Enfin un nous,
quelques pages à peine,
où deux existences entrent dans la même phrase.

La grammaire accomplit ce que la vie avait rendu impossible.

Derrière ce roman, il y a un homme qui écrit une Égypte qu'il n'a pas vécue.

Éric Chacour est né à Montréal.
Le Caire lui vient de ses parents,
de leurs chansons,
de leurs plats,
de l'ail et de l'anis.

Sa langue est ciselée,
sensuelle,
retenue.

Elle dit la douleur sans jamais hausser le ton.

Ce que je sais de toi,
un roman où l'absence finit par apprendre à dire…
nous.

Acheter en 1-Click

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article